Interview de Jean-Michel Payet

Cette interview est la première que j’ai réalisé, elle date de 2011.

Jean-Michel Payet

auteur141Jean-Michel Payet est un artiste français, né le premier mai 1955 à Paris. Architecte-urbaniste de profession, c’est en 1990 qu’il commence l’illustration avec Enlevée par les Indiens (de Mary Jemison). Le succès de ses dessins l’amènera à narrer au crayon à papier bien d’autres histoires (28 à son actif). Six ans plus tard, l’illustrateur publie sa propre série Le Secret de Johnny T. sous le nom de Jim Paillette où il réalise dessins et textes. Puis, gagné par la fièvre de l’écriture, l’auteur a mis de coté le dessin et son pseudonyme pour mieux se consacrer à ses romans (en parallèle avec son métier d’origine). Et c’est ainsi qu’ont pu naître entre autres Question Pour un crapaud (son premier ouvrage), Mademoiselle Scaramouche (sélectionné pour le prix des Incorruptibles 2011-2012) et la trilogie Aerkaos à laquelle nous nous sommes intéressés dans cette interview…

En règle générale, quel style de lecture aimez-vous ?

Paf ! Vous commencez par une question difficile! Eh bien, je suis un éclectique qui fluctue selon l’humeur, un boulimique qui accumule des PAL, un névrotique qui hante les librairies… Il existe tant de lectures différentes. Il y a les découvertes d’un auteur ou bien il y a des choses inattendues trouvées chez un bouquiniste, ou encore -suite à un reportage ou un film- il y a le document ou le roman d’origine à explorer etc… Alors, en vrac, je lis des romans : jeunesse (plutôt ado) et surtout pour mon plaisir et non “pour me tenir au courant” ; je lis des romans actuels (pas les jeunesses, donc les vieillesses…) ; je lis de la BD (un peu moins depuis quelques temps) et puis des docs pour alimenter les livres sur lesquels je travaille, notamment lorsqu’ils se déroulent dans une époque précise comme Mademoiselle Scaramouche par exemple. Est-ce que j’ai eu des périodes polar, SF, contes? Oui et de temps en temps des périodes biographies (mais, en général, il s’agit de bios d’écrivains); et puis aussi, des périodes de livres sur la ville et l’architecture, mais ça, c’est une autre histoire…

Quels sont vos livres de chevet?

Sur ce qui me sert de table de chevet, il y a (depuis un certain temps d’ailleurs) la traduction des Mille et une nuits par par Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel ; dans mon atelier, il y a la traduction de Antoine Galland (la première) et ailleurs dans la maison, il y a celle de René Khawam. Ai-je un livre de chevet ? Un livre que l’on veut consulter régulièrement, auquel on revient, le soir avant de basculer dans les rêves ? Ma table de chevet est banalement une succursale de ma PAL, de mes livres en cours, de ceux que j’ai abandonnés. De temps à autre, lorsque la pile menace le réveil et atteint l’ampoule, je dois l’alléger. Les livres partent vers les rayonnages, mais les Mille et une nuits restent.

Quels sont vos auteurs préférés?

Etablir un palmarès, un bestof, la golden liste etc…? Difficile pour un gourmand! Il faudrait que je réponde par secteurs, par genres, et encore… Et puis ce que je dis aujourd’hui changera demain, c’est certain. Mais, bon, essayons. Je me donne comme contrainte (impossible !) de ne citer qu’un nom par genre, le premier qui me vient en tête. Cela me donnera l’occasion de me dire ensuite : “Ah! J’aurais dû citer untel et unetelle!”, d’avoir des regrets et des insomnies… Polar : Dennis Lehane, BD : Franquin, Poésie : Baudelaire (C’est dur, dur de trier, d’écarter !), Dialoguiste : Audiard, Roman : Giono (À chaque mot que j’écris je ne vois pas ceux que je cite mais tous ceux que j’écarte !!!), Jeunesse : Non, là, c’est trop difficile pour moi. Je jette l’éponge.

Avez-vous un modèle ? Des auteurs vous ont-ils inspiré ? Vous ont-ils influencé ?

Tous ceux que j’ai appréciés m’ont certainement influencé. Il y a ceux dont je me dis : “J’aurais aimé écrire cela” ou : “ Je suis bien incapable d’écrire cela” ou “Pourquoi n’ai-je pas eu l’idée d’écrire cela ?” Et parfois, oui, il y a une émotion, un mot, une tournure, une musique, un rythme que j’envie, qui me trotte dans l’oreille… Je m’en méfie et je me dis « Surtout, ne pas refaire ce qui a été fait, faire mieux ». Cependant, on s’inspire toujours de quelque-chose. Par exemple, lorsque j’ai écrit Mademoiselle Scaramouche, j’avais en tête les livres : Les Trois mousquetaires et Le Bossu, et des films, aussi comme Le Scaramouche de Georges Sydney, et Les Contrebandiers de Moonfleet, etc… Ce sont eux qui m’ont permis de me plonger dans l’époque mieux que les livres d’histoire que j’ai dû étudier pour être à peu près exact. Je voulais offrir aux lecteurs le même type d’émotion que celles que j’avais alors ressenties en découvrant les œuvres citées plus haut, mais, attention : « Surtout faire autre chose ! »

Parlez-nous de l’écriture, que représente t-elle pour vous ? Comment la décrivez-vous ? Quelle place prend-elle dans votre vie ?

Ecrire, c’est tous les jours. Pas forcément devant un clavier, sur une feuille. C’est en marchant, en conduisant. C’est le livre en projet, le texte sur lequel je transpire, celui que je corrige. C’est faire comprendre à sa femme que lorsque l’on est allongé sur un canapé les yeux fermés on est en train de travailler.

C’est l’enthousiasme qui vous prend à l’estomac, quand on se dit : “C’est ça !”. C’est aussi tous les moments où l’on se dit : “Pourquoi ? Comment ? Je n’y arriverai pas.” C’est vouloir travailler parce que les idées sont là, et c’est aussi vouloir travailler parce qu’elles ne viennent pas et qu’il faut les forcer. C’est parcourir avec gourmandise un dictionnaire de synonymes. C’est se faire surprendre par un personnage, c’est voir l’histoire partir dans un sens imprévu, être spectateur de quelque chose qui se déroule sous nos yeux et dans notre tête à la fois. C’est vivre plusieurs vies en même temps. C’est vivre en 1672 et en 2065 et même un peu en 2011. Ecrire, c’est traquer l’émotion.

Est-ce l’illustration qui vous a poussé à l’écriture ? Est-ce le milieu de l’édition et du livre qui vous a en quelque sorte contaminé ?

Mes dessins ont toujours été « narratifs ». Même les premiers travaux que je faisais (antérieurement à toute publication) étaient des dessins qui racontaient quelque chose. Une sorte de narration silencieuse, et un peu mystérieuse. Puis, suite à une exposition, je me suis rendu compte, sans aucune ambiguïté, que tout ce travail me menait vers la publication. Alors, pendant des années, j’ai illustré. Je réalisais des dessins qui racontaient les histoires des autres, tout en m’intéressant au mystère de l’écriture (je voyais l’écriture comme un monde étrange où je n’avais aucune légitimité à m’aventurer mais qui, cependant me fascinait. Je prenais des notes, remplissais des carnets d’idées, de bouts de textes, mais cela restait dans un coin de mes étagères…). Et puis, un jour, un éditeur m’a dit : “Je ne choisis pas des illustrateurs pour les mettre sur des textes, mais des auteurs qui ont des projets”. C’était exactement ce que je voulais entendre sans en être pleinement conscient. Je suis revenu quelques semaines plus tard avec un projet qui a donné lieu à une série de livres où j’assurais dessins et scénario. Le pli était pris, ou plutôt, le seuil était franchi. Et puis j’ai voulu raconter plus, traiter des projets plus ambitieux, et donc plus long, impossible, pour moi à traiter en dessin et en texte. J’avais d’un coup un sentiment accru de liberté en écrivant sans avoir à me soucier du dessin.

Avez-vous une passion qui prime sur l’écriture, secondaire ou parallèle à l’écriture ?

Réponse un peu bateau, mais je n’en vois pas d’autre : Oui, la vie. Et je la retrouve pleinement dans l’écriture, puisque, en définitive, elle est faite de ça.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire la première fois ? Et qu’avez-vous écrit ? Votre premier roman ou une autre histoire non éditée?

Vers 16/17 ans, j’écrivais de la poésie avec passion. Puis, certains textes sont devenus des embryons d’histoire. En parallèle, je dessinais et le dessin a pris le pas pendant un temps, mais laissant toujours de la place à la lecture, lecture qui m’amenait à me poser des questions sur l’écriture, sur la construction d’une histoire et sur toutes ces choses qui me paraissaient mystérieuses et que l’on n’enseigne pas. Il n’y a donc pas une première fois, un déclic, une révélation. Ces questions m’ont accompagné du dessin à la BD (où j’ai fait mes scénarios) et de la BD au texte ; le passage s’est fait presque par évidence, et peut-être par jeu ? Mais aussi par nécessité. Mon premier texte est paru dans un magazine (il ne mérite pas d’être repris en livre). Ensuite, j’ai eu quelques refus, ce qui n’est pas agréable mais utile. Mon second texte était trop long pour la même revue et il a été pris aussitôt en livre. Après, les publications se sont enchaînées.

Qu’aimeriez-vous qu’un lecteur vous dise à propos de votre roman?

Des choses toutes simples et sans doute banales :

  • J’ai adoré !
  • Je n’ai pas pu m’empêcher de tourner les pages.
  • J’ai retardé la fin de la lecture de peur de ne plus en avoir, et de devoir quitter les personnages.
  • Pendant la lecture, j’ai tout oublié.
  • Je ne serai plus le (la) même après cette lecture.
  • J’ai envie de découvrir d’autres livres sur le même sujet. • C’est décidé, je serai comédien (ou escrimeur, ou…, ou …)
  • Vos trois cent pages, c’est beaucoup trop court !

Lisez-vous lorsque vous êtes en période d’écriture ? Si oui, vers quel genre vousP1010983 tournez-vous ? Qu’est-ce que cela vous apporte?

Oui, je lis en période d’écriture. Parce que l’écriture d’un roman est pour moi trop longue pour me priver de lecture pendant tout ce temps. Il y a plusieurs phases : il peut y avoir des lectures liées au projet de roman, il y a les recherches documentaires diverses etc. et il y a le moment où je commence (et là, la lecture peut être perturbante). Il faut être cloisonné. J’aime savoir ce qui a été écrit de proche, ou sur le même sujet, mais j’ai ensuite un rapport compliqué avec ces textes : les lire et m’en sentir influencé ? Ou les fuir ? Une fois que l’écriture est lancée, en général, je n’ai plus de problème. Le roman est un monde à part entière, je peux y entrer ou en sortir à ma guise (la plupart du temps), et donc je suis libre de lire ce que je veux. Cela étant, je suis toujours plus ou moins en état d’écriture, plus ou moins active, avec des projets plus ou moins précis, et donc tout ce que je vois, j’entends ou je lis vient nourrir mon projet.

 

Lire l’interview de Jean-Michel Payet à propos de son ouvrage : Aerkaos.

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