Interview Jean-Michel Payet, à propos de Aerkaos

Aerkaos

La trilogie de Jean-Michel Payet412dy6+dxqL._SL500_AA300_

Pour ceux qui ne connaissent pas encore, voici le résumé :

Les livres ont une puissance insoupçonnable. C’est ce que n’aurait jamais dû découvrir Oonaa, jeune vestale recluse dans la Citadelle de Maahsandor. Rien n’était censé venir bouleverser l’existence de la jeune fille, soumise aux règles de l’Ordre vunique. Pourtant, dès lors qu’elle entre en contact avec un groupe de dissidents, Oonaa n’hésite pas à se mettre en péril. Elle apprend à discuter tes vérités qu’on lui a enseignées, à expérimenter le doute, la trahison. Elle comprend aussi que les livres sont des passerelles entre les hommes et, plus étonnant encore, entre les mondes… … Telle est l’histoire dont Ferdinand lit le récit dans un intrigant manuscrit trouvé chez son oncle. A sa grande stupéfaction, la fiction rattrape bientôt la réalité : son chemin et celui de Oonna vont inexorablement se croiser…

Où avez-vous puisé votre inspiration pour écrire Aerkaos? Quel message avez-vous voulu faire passer à travers Oonaa, Fernand et tout votre roman?

Ærkaos est tout d’abord une histoire banale, la plus banale qui soit : la rencontre entre un garçon et une fille ; et comme souvent, il y a des obstacles, j’ai voulu que ceux-ci soient exceptionnels : ils ne vivent pas dans le même monde. Il fallait donc qu’ils se rencontrent. Comment ? Pourquoi deux mondes peuvent-ils être en relation ? Comment ? À partir de ce principe simple toute une série d’éléments de l’histoire se sont mis en place autant par logique, par réflexion, que en me laissant aller spontanément à la création de personnages qui m’apparaissaient sous la plume. Enfin, sous le clavier. Evidemment, l’inspiration est nourrie de mille références, de tout ce que les uns et les autres nous engrangeons plus ou moins consciemment, des paysages, des rencontres, des films, des livres… Un message ? Non. Ou alors plusieurs, et pas vraiment conscients. Un auteur, je ne sais plus lequel, disait en substance : “J’écris pour savoir pourquoi j’écris”. Je suis le premier spectateur de mon histoire. Je vois des éléments se mettre en place que je n’ai pas maîtrisés, et je réagis ou mes personnages réagissent dans des situations de telle façon que je découvre leur engagement, qui doit, parfois, être le mien. Pour le principe des différents mondes, j’ignore si l’on peut parler de message, et même de théorie, plutôt de réflexion, de point de vue proposé à chacun.

D’où vous est venu le mot « Aerkaos »?

Purement phonétique. Je cherchais un mot, un son plutôt, qui n’existe pas, rugueux et doux. Évocateur ou plutôt qui entre en résonance avec l’idée que je me faisais du monde des Terres Choisies. Puis j’ai testé plusieurs orthographes avant de me fixer sur celle-là. J’ai été très content de l’avoir trouvé… Jusqu’à ce que je me rende compte qu’il existait déjà. Ou à peu près. Il y a un cirque Archaos et, avec la même orthographe, un roman de Christiane Rochefort. Ce mot était-il gravé inconsciemment dans un coin de ma mémoire ou bien le hasard nous a-t-il menés sur les mêmes routes ? Lorsque j’ai trouvé ces similitudes, il était trop tard pour moi : mon titre était déjà trop ancré dans mon histoire pour en changer. Et puis ça incite à la modestie : en définitive, on n’invente pas grand-chose… Depuis j’ai acheté le livre de Christiane Rochefort, mais je n’ai toujours pas osé le lire…

Le choix des prénoms est-il important à vos yeux ? Doivent-ils refléter le personnage ? Comment les choisissez-vous ?

Oui ce choix est TRÈS important. Comme vous le dites, ils donnent la première idée que le lecteur se fait du personnage. Et moi qui vais devoir vivre avec lui pendant des mois, je ne peux imaginer ce qu’il est sans son nom. Alors, je me fais des listes, je feuillette des livres de prénoms avec leur étymologie, je traque sur internet, je regarde les personnages de théâtre, d’opéra. Pour les personnages des Terres Choisies, lorsque l’écriture était difficile, je me consacrais à dresser des listes de noms étranges, et, comme pour le titre, purement phonétiques, avec mille variantes. Et lorsque, au cours de l’histoire, un personnage surgissait, j’allais puiser dans ce vivier, pêchais un nom, triturais son orthographe (il serait plus juste de dire sa graphie, parce que j’ai conscience que le lecteur voit plus qu’il n’entend le nom des personnages lorsqu’il lit) jusqu’à ce que le nom me satisfasse.

D’où avez-vous puisé votre théorie développée dans le troisième tome ? A-t-elle toujours été en vous ?

Est-ce vraiment une théorie ? Un rêve ? Un espoir ? Une façon de comprendre l’importance des histoires dans notre vie ? D’une part, je me suis toujours dit qu’une personne ne meurt pas totalement lorsqu’elle a cessé de vivre, mais plutôt lorsque la dernière personne qui l’a connue meurt à son tour, ou lorsque son souvenir disparaît. D’autre part, lorsque je suis plongé dans un livre, un récit, un roman, comme nous tous, je fais cette expérience magique d’être plongé dans l’univers de l’auteur, avec ses personnages, dans ses décors, et le devenir de ces êtres de fiction, de ces rêves, m’importe souvent bien plus que le destin de la personne assise en face de moi dans le train, qui pourtant est, elle, bien réelle. Donc, ces histoires finissent par devenir une part de ma réalité, ou plutôt, lorsque j’ouvre un livre, j’ai la sensation (sans doute banale) d’ouvrir la porte d’un univers particulier, celui de l’auteur, de ses personnages… Et ce monde existe, vit dans le cerveau de ses différents lecteurs. Une sorte de réalité seconde, virtuelle, telle que le propose des jeux en ligne, des “Second life” sans technologie. Et tant qu’un lecteur en garde le souvenir, ce monde virtuel existe quelque part, dans une conscience, du moins. Je n’ai quasiment pas eu l’impression de devoir imaginer beaucoup plus pour donner à ces mondes rêvés une réalité… Puisque j’étais déjà dans un roman. Je ne dirai pas que cette théorie a toujours été en moi, ou de façon confuse, ressentie plus qu’exprimée. Ecrire, c’est parfois mettre des mots sur des impressions, des sentiments, des idées qui sont dans le flou.

Il y a-t-il un tome que vous avez préféré écrire ?

Je n’ai pas eu l’impression d’écrire plusieurs tomes, mais une seule histoire. Lorsque j’ai commencé, je me suis demandé si ce que je voulais raconter ferait même un livre. Et puis, petit à petit, au fur et à mesure de l’écriture, j’ai compris que ce serait un livre, puis un gros livre, puis, sans doute, plusieurs tomes. Au début, il y a le désir, l’enthousiasme, la curiosité. À la fin il y a la résolution de tout ce que l’on a mis en place : les personnages et les événements me portaient. Entre les deux, il y a tout : parfois le marais où l’on se sent enlisé, le labyrinthe où l’on se perd, la montagne qu’on pense ne jamais pouvoir gravir, la fatigue, le doute, puis à nouveau l’enthousiasme. Des scènes non prévues qui naissent sous les doigts (sur le clavier), des moments où l’on est le spectateur de l’histoire, des jours où l’on pense que tout cela ne vaut rien… Et puis, enfin, l’histoire est là, terminée. Il est difficile, après des mois de travail de la quitter, de laisser les personnages à leur destin, de tourner la page.

Avez-vous un personnage préféré ? Un passage préféré ?

Avec le recul, pas vraiment. Bien sûr, je suis attaché à Oonaa. Il le faut pour vivre avec elle pendant des mois, la suivre sur ses routes… Et puis il y a parfois un personnage secondaire même pas prévu qui apparaît pour les besoins de l’histoire, et qui semble sortir tout construit, avec sa complexité, qu’on regrette de devoir abandonner si vite. Mais comme disait Flaubert, “Madame Bovary, c’est moi”, je pourrais dire que “Tous les personnages, c’est moi”. Ecrire une histoire, c’est un peu comme jouer la comédie en jouant tous les personnages. Des passages préférés ? Peut-être ceux qui me reviennent le plus immédiatement en mémoire : la scène du conteur dans le tome 1, au début, celle où Oonaa rencontre une vieille pour un soir et celle-ci va mourir au matin, l’épisode dans le Morvan, l’histoire de l’apparition des personnages à la guerre de 14, la scène finale [SPOILER] mettez en surbrillance pour lire la suite —> avec la disparition de Oonaa…

Quels sont vos projets? Travaillez-vous à un nouveau roman ? Dans le même style 07740952-1adf-4996-9ea0-ecd8bdba3cc6-Auteur_JeanMichelPayetqu’Aerkaos?

Actuellement, oui. Moins gros que Ærkaos, et pas dans le même style (Mais pour l’instant c’est top secret !). Et puis je rencontre beaucoup de lecteurs dans le cadre du prix des incorruptibles (vous connaissez ?) pour “Mademoiselle Scaramouche”.

Vous avez choisi d’écrire une fin ouverte, mais avez-vous votre propre interprétation de la fin ? Pour ne pas spoiler je préfère utiliser des termes vagues : pour vous, après la fin ouverte, l’histoire se termine-t-elle bien ou mal ?

Difficile de répondre sans dévoiler l’histoire. Que ceux qui ne veulent pas connaître la fin ne lisent pas la suite de cette réponse. [SPOILERS] Pour lire la suite : mettez le texte en surbrillance à partir d’ici —> Oonaa est une chimère, une invention d’un personnage pour parvenir à ses fins. Ferdinand est tombé amoureux d’une image, d’un rêve. D’un personnage de fiction, comme un lecteur peut le devenir. Suite à la théorie des mondes explicitée précédemment, que peut-il faire pour la retrouver ? Inventer un monde à son tour où elle soit, et, peut-être aller la retrouver dans ce monde puisque l’on peut voyager de l’un à l’autre. Donc, il va écrire une histoire, l’histoire de Oonaa, et, lorsqu’il commence, on comprend que c’est celle que l’on vient de lire, l’ultime phrase du tome 3 étant la première phrase du tome 1. Il nous suffit en effet de reprendre le livre depuis la première page du premier tome pour voir revivre Oonaa sous nos yeux. Chaque lecteur a connu cette expérience de devoir quitter une histoire à regret, de devoir abandonner des personnages à leur destin. Il s’agit de la même chose ici, de reconnaître l’importance de la lecture et des mondes imaginaires dans nos vies. Alors difficile de dire si l’histoire se termine bien ou mal ; et même de dire si elle se termine réellement puisqu’elle peut être lue en boucle, indéfiniment…

 

Lire l’interview de Jean-Michel Payet sur son métier en général.

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