Interview Jean-Michel Payet, à propos de Aerkaos

Aerkaos

La trilogie de Jean-Michel Payet412dy6+dxqL._SL500_AA300_

Pour ceux qui ne connaissent pas encore, voici le résumé :

Les livres ont une puissance insoupçonnable. C’est ce que n’aurait jamais dû découvrir Oonaa, jeune vestale recluse dans la Citadelle de Maahsandor. Rien n’était censé venir bouleverser l’existence de la jeune fille, soumise aux règles de l’Ordre vunique. Pourtant, dès lors qu’elle entre en contact avec un groupe de dissidents, Oonaa n’hésite pas à se mettre en péril. Elle apprend à discuter tes vérités qu’on lui a enseignées, à expérimenter le doute, la trahison. Elle comprend aussi que les livres sont des passerelles entre les hommes et, plus étonnant encore, entre les mondes… … Telle est l’histoire dont Ferdinand lit le récit dans un intrigant manuscrit trouvé chez son oncle. A sa grande stupéfaction, la fiction rattrape bientôt la réalité : son chemin et celui de Oonna vont inexorablement se croiser…

Où avez-vous puisé votre inspiration pour écrire Aerkaos? Quel message avez-vous voulu faire passer à travers Oonaa, Fernand et tout votre roman?

Ærkaos est tout d’abord une histoire banale, la plus banale qui soit : la rencontre entre un garçon et une fille ; et comme souvent, il y a des obstacles, j’ai voulu que ceux-ci soient exceptionnels : ils ne vivent pas dans le même monde. Il fallait donc qu’ils se rencontrent. Comment ? Pourquoi deux mondes peuvent-ils être en relation ? Comment ? À partir de ce principe simple toute une série d’éléments de l’histoire se sont mis en place autant par logique, par réflexion, que en me laissant aller spontanément à la création de personnages qui m’apparaissaient sous la plume. Enfin, sous le clavier. Evidemment, l’inspiration est nourrie de mille références, de tout ce que les uns et les autres nous engrangeons plus ou moins consciemment, des paysages, des rencontres, des films, des livres… Un message ? Non. Ou alors plusieurs, et pas vraiment conscients. Un auteur, je ne sais plus lequel, disait en substance : “J’écris pour savoir pourquoi j’écris”. Je suis le premier spectateur de mon histoire. Je vois des éléments se mettre en place que je n’ai pas maîtrisés, et je réagis ou mes personnages réagissent dans des situations de telle façon que je découvre leur engagement, qui doit, parfois, être le mien. Pour le principe des différents mondes, j’ignore si l’on peut parler de message, et même de théorie, plutôt de réflexion, de point de vue proposé à chacun.

D’où vous est venu le mot « Aerkaos »?

Purement phonétique. Je cherchais un mot, un son plutôt, qui n’existe pas, rugueux et doux. Évocateur ou plutôt qui entre en résonance avec l’idée que je me faisais du monde des Terres Choisies. Puis j’ai testé plusieurs orthographes avant de me fixer sur celle-là. J’ai été très content de l’avoir trouvé… Jusqu’à ce que je me rende compte qu’il existait déjà. Ou à peu près. Il y a un cirque Archaos et, avec la même orthographe, un roman de Christiane Rochefort. Ce mot était-il gravé inconsciemment dans un coin de ma mémoire ou bien le hasard nous a-t-il menés sur les mêmes routes ? Lorsque j’ai trouvé ces similitudes, il était trop tard pour moi : mon titre était déjà trop ancré dans mon histoire pour en changer. Et puis ça incite à la modestie : en définitive, on n’invente pas grand-chose… Depuis j’ai acheté le livre de Christiane Rochefort, mais je n’ai toujours pas osé le lire…

Le choix des prénoms est-il important à vos yeux ? Doivent-ils refléter le personnage ? Comment les choisissez-vous ?

Oui ce choix est TRÈS important. Comme vous le dites, ils donnent la première idée que le lecteur se fait du personnage. Et moi qui vais devoir vivre avec lui pendant des mois, je ne peux imaginer ce qu’il est sans son nom. Alors, je me fais des listes, je feuillette des livres de prénoms avec leur étymologie, je traque sur internet, je regarde les personnages de théâtre, d’opéra. Pour les personnages des Terres Choisies, lorsque l’écriture était difficile, je me consacrais à dresser des listes de noms étranges, et, comme pour le titre, purement phonétiques, avec mille variantes. Et lorsque, au cours de l’histoire, un personnage surgissait, j’allais puiser dans ce vivier, pêchais un nom, triturais son orthographe (il serait plus juste de dire sa graphie, parce que j’ai conscience que le lecteur voit plus qu’il n’entend le nom des personnages lorsqu’il lit) jusqu’à ce que le nom me satisfasse.

D’où avez-vous puisé votre théorie développée dans le troisième tome ? A-t-elle toujours été en vous ?

Est-ce vraiment une théorie ? Un rêve ? Un espoir ? Une façon de comprendre l’importance des histoires dans notre vie ? D’une part, je me suis toujours dit qu’une personne ne meurt pas totalement lorsqu’elle a cessé de vivre, mais plutôt lorsque la dernière personne qui l’a connue meurt à son tour, ou lorsque son souvenir disparaît. D’autre part, lorsque je suis plongé dans un livre, un récit, un roman, comme nous tous, je fais cette expérience magique d’être plongé dans l’univers de l’auteur, avec ses personnages, dans ses décors, et le devenir de ces êtres de fiction, de ces rêves, m’importe souvent bien plus que le destin de la personne assise en face de moi dans le train, qui pourtant est, elle, bien réelle. Donc, ces histoires finissent par devenir une part de ma réalité, ou plutôt, lorsque j’ouvre un livre, j’ai la sensation (sans doute banale) d’ouvrir la porte d’un univers particulier, celui de l’auteur, de ses personnages… Et ce monde existe, vit dans le cerveau de ses différents lecteurs. Une sorte de réalité seconde, virtuelle, telle que le propose des jeux en ligne, des “Second life” sans technologie. Et tant qu’un lecteur en garde le souvenir, ce monde virtuel existe quelque part, dans une conscience, du moins. Je n’ai quasiment pas eu l’impression de devoir imaginer beaucoup plus pour donner à ces mondes rêvés une réalité… Puisque j’étais déjà dans un roman. Je ne dirai pas que cette théorie a toujours été en moi, ou de façon confuse, ressentie plus qu’exprimée. Ecrire, c’est parfois mettre des mots sur des impressions, des sentiments, des idées qui sont dans le flou.

Il y a-t-il un tome que vous avez préféré écrire ?

Je n’ai pas eu l’impression d’écrire plusieurs tomes, mais une seule histoire. Lorsque j’ai commencé, je me suis demandé si ce que je voulais raconter ferait même un livre. Et puis, petit à petit, au fur et à mesure de l’écriture, j’ai compris que ce serait un livre, puis un gros livre, puis, sans doute, plusieurs tomes. Au début, il y a le désir, l’enthousiasme, la curiosité. À la fin il y a la résolution de tout ce que l’on a mis en place : les personnages et les événements me portaient. Entre les deux, il y a tout : parfois le marais où l’on se sent enlisé, le labyrinthe où l’on se perd, la montagne qu’on pense ne jamais pouvoir gravir, la fatigue, le doute, puis à nouveau l’enthousiasme. Des scènes non prévues qui naissent sous les doigts (sur le clavier), des moments où l’on est le spectateur de l’histoire, des jours où l’on pense que tout cela ne vaut rien… Et puis, enfin, l’histoire est là, terminée. Il est difficile, après des mois de travail de la quitter, de laisser les personnages à leur destin, de tourner la page.

Avez-vous un personnage préféré ? Un passage préféré ?

Avec le recul, pas vraiment. Bien sûr, je suis attaché à Oonaa. Il le faut pour vivre avec elle pendant des mois, la suivre sur ses routes… Et puis il y a parfois un personnage secondaire même pas prévu qui apparaît pour les besoins de l’histoire, et qui semble sortir tout construit, avec sa complexité, qu’on regrette de devoir abandonner si vite. Mais comme disait Flaubert, “Madame Bovary, c’est moi”, je pourrais dire que “Tous les personnages, c’est moi”. Ecrire une histoire, c’est un peu comme jouer la comédie en jouant tous les personnages. Des passages préférés ? Peut-être ceux qui me reviennent le plus immédiatement en mémoire : la scène du conteur dans le tome 1, au début, celle où Oonaa rencontre une vieille pour un soir et celle-ci va mourir au matin, l’épisode dans le Morvan, l’histoire de l’apparition des personnages à la guerre de 14, la scène finale [SPOILER] mettez en surbrillance pour lire la suite —> avec la disparition de Oonaa…

Quels sont vos projets? Travaillez-vous à un nouveau roman ? Dans le même style 07740952-1adf-4996-9ea0-ecd8bdba3cc6-Auteur_JeanMichelPayetqu’Aerkaos?

Actuellement, oui. Moins gros que Ærkaos, et pas dans le même style (Mais pour l’instant c’est top secret !). Et puis je rencontre beaucoup de lecteurs dans le cadre du prix des incorruptibles (vous connaissez ?) pour “Mademoiselle Scaramouche”.

Vous avez choisi d’écrire une fin ouverte, mais avez-vous votre propre interprétation de la fin ? Pour ne pas spoiler je préfère utiliser des termes vagues : pour vous, après la fin ouverte, l’histoire se termine-t-elle bien ou mal ?

Difficile de répondre sans dévoiler l’histoire. Que ceux qui ne veulent pas connaître la fin ne lisent pas la suite de cette réponse. [SPOILERS] Pour lire la suite : mettez le texte en surbrillance à partir d’ici —> Oonaa est une chimère, une invention d’un personnage pour parvenir à ses fins. Ferdinand est tombé amoureux d’une image, d’un rêve. D’un personnage de fiction, comme un lecteur peut le devenir. Suite à la théorie des mondes explicitée précédemment, que peut-il faire pour la retrouver ? Inventer un monde à son tour où elle soit, et, peut-être aller la retrouver dans ce monde puisque l’on peut voyager de l’un à l’autre. Donc, il va écrire une histoire, l’histoire de Oonaa, et, lorsqu’il commence, on comprend que c’est celle que l’on vient de lire, l’ultime phrase du tome 3 étant la première phrase du tome 1. Il nous suffit en effet de reprendre le livre depuis la première page du premier tome pour voir revivre Oonaa sous nos yeux. Chaque lecteur a connu cette expérience de devoir quitter une histoire à regret, de devoir abandonner des personnages à leur destin. Il s’agit de la même chose ici, de reconnaître l’importance de la lecture et des mondes imaginaires dans nos vies. Alors difficile de dire si l’histoire se termine bien ou mal ; et même de dire si elle se termine réellement puisqu’elle peut être lue en boucle, indéfiniment…

 

Lire l’interview de Jean-Michel Payet sur son métier en général.

Interview de Jean-Michel Payet

Cette interview est la première que j’ai réalisé, elle date de 2011.

Jean-Michel Payet

auteur141Jean-Michel Payet est un artiste français, né le premier mai 1955 à Paris. Architecte-urbaniste de profession, c’est en 1990 qu’il commence l’illustration avec Enlevée par les Indiens (de Mary Jemison). Le succès de ses dessins l’amènera à narrer au crayon à papier bien d’autres histoires (28 à son actif). Six ans plus tard, l’illustrateur publie sa propre série Le Secret de Johnny T. sous le nom de Jim Paillette où il réalise dessins et textes. Puis, gagné par la fièvre de l’écriture, l’auteur a mis de coté le dessin et son pseudonyme pour mieux se consacrer à ses romans (en parallèle avec son métier d’origine). Et c’est ainsi qu’ont pu naître entre autres Question Pour un crapaud (son premier ouvrage), Mademoiselle Scaramouche (sélectionné pour le prix des Incorruptibles 2011-2012) et la trilogie Aerkaos à laquelle nous nous sommes intéressés dans cette interview…

En règle générale, quel style de lecture aimez-vous ?

Paf ! Vous commencez par une question difficile! Eh bien, je suis un éclectique qui fluctue selon l’humeur, un boulimique qui accumule des PAL, un névrotique qui hante les librairies… Il existe tant de lectures différentes. Il y a les découvertes d’un auteur ou bien il y a des choses inattendues trouvées chez un bouquiniste, ou encore -suite à un reportage ou un film- il y a le document ou le roman d’origine à explorer etc… Alors, en vrac, je lis des romans : jeunesse (plutôt ado) et surtout pour mon plaisir et non “pour me tenir au courant” ; je lis des romans actuels (pas les jeunesses, donc les vieillesses…) ; je lis de la BD (un peu moins depuis quelques temps) et puis des docs pour alimenter les livres sur lesquels je travaille, notamment lorsqu’ils se déroulent dans une époque précise comme Mademoiselle Scaramouche par exemple. Est-ce que j’ai eu des périodes polar, SF, contes? Oui et de temps en temps des périodes biographies (mais, en général, il s’agit de bios d’écrivains); et puis aussi, des périodes de livres sur la ville et l’architecture, mais ça, c’est une autre histoire…

Quels sont vos livres de chevet?

Sur ce qui me sert de table de chevet, il y a (depuis un certain temps d’ailleurs) la traduction des Mille et une nuits par par Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel ; dans mon atelier, il y a la traduction de Antoine Galland (la première) et ailleurs dans la maison, il y a celle de René Khawam. Ai-je un livre de chevet ? Un livre que l’on veut consulter régulièrement, auquel on revient, le soir avant de basculer dans les rêves ? Ma table de chevet est banalement une succursale de ma PAL, de mes livres en cours, de ceux que j’ai abandonnés. De temps à autre, lorsque la pile menace le réveil et atteint l’ampoule, je dois l’alléger. Les livres partent vers les rayonnages, mais les Mille et une nuits restent.

Quels sont vos auteurs préférés?

Etablir un palmarès, un bestof, la golden liste etc…? Difficile pour un gourmand! Il faudrait que je réponde par secteurs, par genres, et encore… Et puis ce que je dis aujourd’hui changera demain, c’est certain. Mais, bon, essayons. Je me donne comme contrainte (impossible !) de ne citer qu’un nom par genre, le premier qui me vient en tête. Cela me donnera l’occasion de me dire ensuite : “Ah! J’aurais dû citer untel et unetelle!”, d’avoir des regrets et des insomnies… Polar : Dennis Lehane, BD : Franquin, Poésie : Baudelaire (C’est dur, dur de trier, d’écarter !), Dialoguiste : Audiard, Roman : Giono (À chaque mot que j’écris je ne vois pas ceux que je cite mais tous ceux que j’écarte !!!), Jeunesse : Non, là, c’est trop difficile pour moi. Je jette l’éponge.

Avez-vous un modèle ? Des auteurs vous ont-ils inspiré ? Vous ont-ils influencé ?

Tous ceux que j’ai appréciés m’ont certainement influencé. Il y a ceux dont je me dis : “J’aurais aimé écrire cela” ou : “ Je suis bien incapable d’écrire cela” ou “Pourquoi n’ai-je pas eu l’idée d’écrire cela ?” Et parfois, oui, il y a une émotion, un mot, une tournure, une musique, un rythme que j’envie, qui me trotte dans l’oreille… Je m’en méfie et je me dis « Surtout, ne pas refaire ce qui a été fait, faire mieux ». Cependant, on s’inspire toujours de quelque-chose. Par exemple, lorsque j’ai écrit Mademoiselle Scaramouche, j’avais en tête les livres : Les Trois mousquetaires et Le Bossu, et des films, aussi comme Le Scaramouche de Georges Sydney, et Les Contrebandiers de Moonfleet, etc… Ce sont eux qui m’ont permis de me plonger dans l’époque mieux que les livres d’histoire que j’ai dû étudier pour être à peu près exact. Je voulais offrir aux lecteurs le même type d’émotion que celles que j’avais alors ressenties en découvrant les œuvres citées plus haut, mais, attention : « Surtout faire autre chose ! »

Parlez-nous de l’écriture, que représente t-elle pour vous ? Comment la décrivez-vous ? Quelle place prend-elle dans votre vie ?

Ecrire, c’est tous les jours. Pas forcément devant un clavier, sur une feuille. C’est en marchant, en conduisant. C’est le livre en projet, le texte sur lequel je transpire, celui que je corrige. C’est faire comprendre à sa femme que lorsque l’on est allongé sur un canapé les yeux fermés on est en train de travailler.

C’est l’enthousiasme qui vous prend à l’estomac, quand on se dit : “C’est ça !”. C’est aussi tous les moments où l’on se dit : “Pourquoi ? Comment ? Je n’y arriverai pas.” C’est vouloir travailler parce que les idées sont là, et c’est aussi vouloir travailler parce qu’elles ne viennent pas et qu’il faut les forcer. C’est parcourir avec gourmandise un dictionnaire de synonymes. C’est se faire surprendre par un personnage, c’est voir l’histoire partir dans un sens imprévu, être spectateur de quelque chose qui se déroule sous nos yeux et dans notre tête à la fois. C’est vivre plusieurs vies en même temps. C’est vivre en 1672 et en 2065 et même un peu en 2011. Ecrire, c’est traquer l’émotion.

Est-ce l’illustration qui vous a poussé à l’écriture ? Est-ce le milieu de l’édition et du livre qui vous a en quelque sorte contaminé ?

Mes dessins ont toujours été « narratifs ». Même les premiers travaux que je faisais (antérieurement à toute publication) étaient des dessins qui racontaient quelque chose. Une sorte de narration silencieuse, et un peu mystérieuse. Puis, suite à une exposition, je me suis rendu compte, sans aucune ambiguïté, que tout ce travail me menait vers la publication. Alors, pendant des années, j’ai illustré. Je réalisais des dessins qui racontaient les histoires des autres, tout en m’intéressant au mystère de l’écriture (je voyais l’écriture comme un monde étrange où je n’avais aucune légitimité à m’aventurer mais qui, cependant me fascinait. Je prenais des notes, remplissais des carnets d’idées, de bouts de textes, mais cela restait dans un coin de mes étagères…). Et puis, un jour, un éditeur m’a dit : “Je ne choisis pas des illustrateurs pour les mettre sur des textes, mais des auteurs qui ont des projets”. C’était exactement ce que je voulais entendre sans en être pleinement conscient. Je suis revenu quelques semaines plus tard avec un projet qui a donné lieu à une série de livres où j’assurais dessins et scénario. Le pli était pris, ou plutôt, le seuil était franchi. Et puis j’ai voulu raconter plus, traiter des projets plus ambitieux, et donc plus long, impossible, pour moi à traiter en dessin et en texte. J’avais d’un coup un sentiment accru de liberté en écrivant sans avoir à me soucier du dessin.

Avez-vous une passion qui prime sur l’écriture, secondaire ou parallèle à l’écriture ?

Réponse un peu bateau, mais je n’en vois pas d’autre : Oui, la vie. Et je la retrouve pleinement dans l’écriture, puisque, en définitive, elle est faite de ça.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire la première fois ? Et qu’avez-vous écrit ? Votre premier roman ou une autre histoire non éditée?

Vers 16/17 ans, j’écrivais de la poésie avec passion. Puis, certains textes sont devenus des embryons d’histoire. En parallèle, je dessinais et le dessin a pris le pas pendant un temps, mais laissant toujours de la place à la lecture, lecture qui m’amenait à me poser des questions sur l’écriture, sur la construction d’une histoire et sur toutes ces choses qui me paraissaient mystérieuses et que l’on n’enseigne pas. Il n’y a donc pas une première fois, un déclic, une révélation. Ces questions m’ont accompagné du dessin à la BD (où j’ai fait mes scénarios) et de la BD au texte ; le passage s’est fait presque par évidence, et peut-être par jeu ? Mais aussi par nécessité. Mon premier texte est paru dans un magazine (il ne mérite pas d’être repris en livre). Ensuite, j’ai eu quelques refus, ce qui n’est pas agréable mais utile. Mon second texte était trop long pour la même revue et il a été pris aussitôt en livre. Après, les publications se sont enchaînées.

Qu’aimeriez-vous qu’un lecteur vous dise à propos de votre roman?

Des choses toutes simples et sans doute banales :

  • J’ai adoré !
  • Je n’ai pas pu m’empêcher de tourner les pages.
  • J’ai retardé la fin de la lecture de peur de ne plus en avoir, et de devoir quitter les personnages.
  • Pendant la lecture, j’ai tout oublié.
  • Je ne serai plus le (la) même après cette lecture.
  • J’ai envie de découvrir d’autres livres sur le même sujet. • C’est décidé, je serai comédien (ou escrimeur, ou…, ou …)
  • Vos trois cent pages, c’est beaucoup trop court !

Lisez-vous lorsque vous êtes en période d’écriture ? Si oui, vers quel genre vousP1010983 tournez-vous ? Qu’est-ce que cela vous apporte?

Oui, je lis en période d’écriture. Parce que l’écriture d’un roman est pour moi trop longue pour me priver de lecture pendant tout ce temps. Il y a plusieurs phases : il peut y avoir des lectures liées au projet de roman, il y a les recherches documentaires diverses etc. et il y a le moment où je commence (et là, la lecture peut être perturbante). Il faut être cloisonné. J’aime savoir ce qui a été écrit de proche, ou sur le même sujet, mais j’ai ensuite un rapport compliqué avec ces textes : les lire et m’en sentir influencé ? Ou les fuir ? Une fois que l’écriture est lancée, en général, je n’ai plus de problème. Le roman est un monde à part entière, je peux y entrer ou en sortir à ma guise (la plupart du temps), et donc je suis libre de lire ce que je veux. Cela étant, je suis toujours plus ou moins en état d’écriture, plus ou moins active, avec des projets plus ou moins précis, et donc tout ce que je vois, j’entends ou je lis vient nourrir mon projet.

 

Lire l’interview de Jean-Michel Payet à propos de son ouvrage : Aerkaos.

Interview de Luc Van Lerberghe

Interview

Luc Van Lerberghe

Auteur de la trilogie : Arthamios.

« Se présenter est toujours un exercice délicat. Je suis nordiste. C’est important car les nordistes ont laluc van lerberghe culture de l’humain peut-être plus qu’ailleurs et sans doute parce qu’il fait tellement moche toute l’année qu’on trouve le soleil dans nos amitiés. Fils d’un flamand et d’une bretonne, je suis passionné par le jeu d’échecs, par l’écriture, le cinéma et je pratique tous les sports de balle dès que j’ai un peu de temps.

Mes auteurs de références sont Alexandre Dumas (Arthamios = Athos + Porthos + Aramis + D’artagnan) et Jules Vernes. Difficile de faire toute une liste qui va jusque l’incontournable Tolkien. Je m’inspire autant des romans de mon enfance que des mangas et même des BDs. « 

Vivez-vous de votre plume ? Si non, quel est votre métier ?

Je ne vis pas de ma plume. Arthamios, chronique d’un esprit vagabond est mon premier roman publié. J’ai monté ma petite entreprise de conseil en ressources humaines en 2003. Je fais du recrutement, du conseil aux entreprises en RH et aussi de la formation. Je donne par exemple des cours de droit à l’EGC, à l’EFAP ou encore au centre cepreco.

Depuis quand avez-vous l’histoire d’Arhamios en tête ?

L’histoire d’Arthamios m’est venue en 2002-2003. Je venais de perdre mon job et j’entamais la longue route du créateur d’entreprise. J’étais stressé et j’avais besoin d’une échappatoire. Arthamios est né dans ce contexte.

Arthamios Où puisez-vous votre imagination ?

Bonne question. Les choses me viennent un peu comme ça. Je rêve au monde que j’ai créé, je le bichonne, je le rend réaliste.

Des livres, des personnages, des auteurs ou des films vous ont il inspiré ? Dans quelle mesure ?

Si je dois citer une œuvre, c’est celle de Dumas, les trois mousquetaires, vingt ans après et le vicomte de Bragelonne. J’ai aimé l’aventure en commun des héros, leurs caractères si différents et l’amitié indestructible qu’il y avait entre eux. C’est quelque chose que j’ai voulu trouver dans les aventures d’Arthamios.

Combien de temps avez-vous mis à écrire le premier tome ? Et le second ?

J’ai commencé à écrire sans imaginer une seule seconde que j’allais être publié. J’ai donc pris mon temps. J’ai écris dans les moments de stress et pendant mes vacances. J’ai du mettre en tout cinq ans pour le premier tome. Le second a été écrit en deux ans, mais là, je savais que j’étais édité, ce qui change tout dans la motivation à écrire un peu plus vite. Actuellement, j’écris la suite et fin des aventures et je pense que le livre sera publié fin 2014 ou début 2015.

Combien de temps les corrections ont elles pris ?

Peu de temps et aujourd’hui je le regrette un peu. Je ne connaissais rien au monde de l’édition. J’ai relu mon scénario, modifié quelques passages, mais au fond, je pense que le texte méritait plus d’attention ou de recule de ma part. Pour le second tome (le sage des courants), j’ai donc fait attention à corriger tout ce qui devait l’être. Je dirai qu’il a fallu au moins une année.

Avez-vous eu une réelle divergence de point de vue avec votre éditeur sur un fait précis du livre ? Si oui, lequel ?

Pour le tome 1, pas vraiment. Pour le tome 2 un peu plus et cela concernait les dialogues que mon éditeur trouvait parfois trop longs.

Que représente l’écriture à vos yeux ?

Mon espace de liberté.

Avez-vous eu votre mot à dire concernant le résumé et la quatrième de couverture ?

Oui, il y a eu un vrai dialogue et un choix commun. Maintenant, je sais que la 4ème de couverture est critiqué par beaucoup de lecteurs car c’est un morceau choisi et non un résumé. J’ai donc corrigé la chose pour le tome 2.

Reconnaissez-vous votre plume dans la description que j’ai faite (dans ma chronique) de votre Arthamios_T2_rvbstyle narratif ?

Oui, surtout dans l’analogie avec un scénario de film. J’ai effectivement cherché à visualiser des scènes et à les restituer comme une caméra pourrait le faire, surtout pour les scènes de combats. Pour le reste, j’aime donner une ambiance plutôt que de faire de longues descriptions. Je veux que le lecteur ait une plus grande liberté pour imaginer. Je cherche un équilibre dans l’écriture entre « décrire pour donner un cadre, une ambiance » et laisser des « vides » pour que le lecteur se mette dans son propre monde.

Êtes-vous sûr de vouloir parler de téléréalité avec Arthamios ? Le concept semble très éloigné de l’univers du livre.

Pas du tout ! Arthamios est une trilogie. Quand j’ai parlé de téléréalité, c’était pour évoquer un prochain livre, mais Arthamios n’y sera pas ! Il ne s’agira d’ailleurs pas d’héroic fantasy. Mais si le scénario est écrit, je n’ai pas encore écrit la moindre ligne, donc il est tout à fait possible que ce texte ne voit jamais le jour.

QUESTION SPOILE : mettez le texte en surbrillance (sélectionnez le texte ci-dessous à l’aide du curseur) pour voir la dernière question de l’interview. 

Pourquoi avoir donné si peu d’importance à la mort de Gemlio ? Elle passe presque inaperçue (une demi phrase sur la tristesse d’Aqualis si je me souviens bien), on dirait que vous avez utilisé cette créature comme un outil juste bon déroulement de l’histoire.

J’ai utilisé gemlio comme un outil, oui car son aura permet de libérer Arthamios, mais c’est plus un compagnon de route qui a une destiné tragique.

Je m’explique. La nature de gemlio est de passer inaperçu. Aqualis dit d’ailleurs que personne n’a jamais vu l’apparence réelle d’un phasme. Gemlio part comme il a existé, presque anonymement. Il n’a pas moins d’importance pour autant dans ce premier roman. Je dirai même au contraire. C’est un peu mon soldat inconnu. C’est un être d’une parfaite gentillesse, qui a totalement confiance en l’espèce humaine alors que c’est elle (Aqualis et Jydyne) qui vont le mener à sa perte. Il fait partie des victimes collatérales, et c’est dans cette destiné qu’est l’importance de Gemlio. C’est un martyr, Jydyne qui est si parfaite a-t-elle réfléchit à sa vie ? Aqualis qui l’a recueillit, qui a été son « maître » a-t-il pensé une seconde aux dangers qui le guettaient ? Non.

Propos recueillis par Ondine Gobert.

Lire la chronique du premier tome d’Arthamios, chronique d’un esprit vagabond.

Interview de Sylvie Wolfs

Interview : Sylvie Wolfs

 

La Galère de la publication en France.

Avec une héroïne aux antipodes des clichés de westerns habituels et une pointe de fantastique, Sylvie Wolfs remet au goût du jour ce style oublié des années 70 en publiant la trilogie La Légende de la Femme-Louve, dont le troisième opus est en cours de rédaction.

Les Auteurs et les maisons d’éditions françaises, dans le même bateau.Sylvie Wolfs

   Après avoir ramé longtemps dans l’océan des Maisons d’Éditions parisiennes, après avoir été plusieurs fois ramenée par le violent ressac des fluctuations économiques, et après avoir essuyé de nombreuses vagues d’incompréhension et de refus, Sylvie Wolfs a enfin atteint la rive de la publication.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

« Quelque-chose pour moi. »

   Lorsque j’ai commencé à écrire mon tout premier roman, j’avais 37 ans.

À ce moment-là, j’écrivais sans idée de publier. Je suis mère de famille nombreuse (6 enfants) et je me suis toujours consacré aux autres, nous explique l’auteur de Cheveux-de-Feu.

Interview de l'auteur de Cheveux-de-Feu : SYLVIE WOLFS.Il était plus que temps de faire quelque chose pour moi, quelque chose de personnel, l’écriture.

    Je ne me suis pas posé de question concernant le genre. Celui-ci s’est imposé de lui-même : le western; car, à travers lui, je pouvais parler de la conquête de l’ouest et des Indiens d’Amériques qui m’ont toujours passionné.

    À cette époque, je ne projetais pas de chercher un éditeur, et encore moins de le trouver. J’écrivais « comme ça », juste pour mon plaisir. Puis, au fil du temps, je me suis prise au jeu.

L’auto-édition.

    Lorsque j’ai pris la décision de publier L’Œil du loup noir, mon premier roman, je me suis lancée dans l’auto-édition. Je ne connaissais pas les codes du milieu et c’était, pour moi, une façon de m’imposer et d’avancer à la rencontre de mes premiers lecteurs. Quand j’ai commencé à vouloir évoluer et trouver un éditeur, les choses se sont compliquées et j’ai compris à quel point l’édition était cloisonnée. Moi et mes westerns, nous ne trouvions aucun écho, ni aucune grâce aux yeux des éditeurs, pour ne pas dire un certain mépris.

Timée Éditions.

    Cette situaInterview de l'auteur de Cheveux-de-Feu T1 : SYLVIE WOLFS.tion a perduré presque trois ans, jusqu’à Timée Éditions. Une belle rencontre et collaboration qui m’a donné confiance en moi, nous confie Sylvie Wolfs, un léger sourire aux lèvres.

À leur demande, j’ai retravaillé entièrement mon premier roman. L’Œil du loup noir est alors devenu Cheveux-de-Feu.

Malheureusement, en 2009, mon univers était encore très marginal et, coup de théâtre : Timée Éditions a rencontré de graves difficultés. Elle a déposé le bilan peu après. Je me suis donc retrouvée de nouveau sans éditeur.

Concours Prisma et Les Nouveaux Auteurs.

Interview de l'auteur de Cheveux-de-Feu T1 : SYLVIE WOLFS.     Comme je m’étais déjà lancée, avec Timée-Éditions, dans la rédaction d’une trilogie (La Légende de la Femme-Louve) j’ai participé à un concours organisé par Prisma et la maison d’édition Les Nouveaux Auteurs en 2010, avec le tome 2, Traque Sauvage. C’était une façon pour moi de donner un nouvel élan à mon travail d’écriture, quoique persuadée que ma situation éditoriale n’évoluerait pas, et aussi un peu par désespoir de cause, fini t-elle par confesser.

Je dois l’avouer, à ce moment de mon parcours, je n’étais pas loin de tout plaquer.

Mais, à ma grande surprise, mon roman s’est retrouvé finaliste du concours et a pu être édité en janvier 2011 ! Une bonne diffusion a mis un coup de projecteur sur le roman, et sur moi aussi. C’est à cet instant que j’ai senti un réel changement d’attitude et de regard sur le genre que j’essayais désespérément de porter.

Nouveau coup du sort.

     Mais quelques semaines plus tard, pour des raisons purement commerciales, Prisma et Les Nouveaux Auteurs ont décidé de ne pas poursuivre l’aventure… Et je suis retrouvée orpheline d’éditeur une nouvelle fois.

Lokomodo, l’aboutissement.

    Cependant, un déclic s’était produit dans le public. Le genre western, bien qu’encore très faiblement représenté, faisait un timide retour, notamment au cinéma.Interview de l'auteur de Cheveux-de-Feu T1 : SYLVIE WOLFS.

Grâce à mes deux éditions, le regard que l’on posait sur mes romans était plus positif.

   J’ai ensuite eu plusieurs propositions d’édition en 2012, et j’ai choisi, sans hésitation, Lokomodo. Pourquoi ? Parce qu’ils m’ont proposé de reprendre en poche mes deux romans, Cheveux-de-Feu et Traque Sauvage, avant d’éditer les suivants.

Il est clair que tous mes romans chez le même éditeur, et dans un format que j’apprécie, était pour moi une magnifique opportunité de trouver (enfin) la stabilité éditoriale qui me faisait défaut. Et aussi parce que cette équipe éditoriale, jeune, dynamique et passionnée, m’a redonné goût et plaisir à travailler avec un éditeur. Et cela n’a pas de prix.

    C’est ainsi que la réédition de Cheveux-de-feu a vu le jour en octobre 2012. Histoire à suivre en avril 2013, avec la réédition de Traque Sauvage et, en 2014, avec le tome 3, un inédit actuellement en écriture.

Toutes voiles dehors pour Sylvie Wolfs.

Arrivez-vous à vivre de votre plume aujourd’hui ?

    Jusqu’à la fin de l’année 2012 j’avais une double activité : auxiliaire de vie et mon écriture. Mais depuis le mois de janvier 2013, j’ai décidé de faire de l’écriture mon unique Interview de l'auteur de Cheveux-de-Feu : SYLVIE WOLFS.activité. Je suis donc actuellement au RSA, le temps de lancer mes romans, écrire et publier davantage, dans l’espoir de percer. Pour cela, il faut y consacrer tout son temps. C’est un pari risqué, mais pour mon équilibre personnel, je me dois de tout tenter pour réaliser mon rêve de devenir une vraie romancière. Je vais vivre pauvrement pendant cette période (2013/2014), mais le jeu en vaut la chandelle. Je dois le faire…

Que vous procure l’écriture ?

     C’est une vaste question. Mais pour faire court, je dirais que l’écriture est une façon de me réaliser en tant qu’individu. Créer des univers, des personnages, y mettre mes sentiments, mes pensées, mes rêves. C’est ce que j’aime faire. C’est ce qui me représente le mieux. Et je pense que c’est ce que je fais de mieux. Si je réussis à aller au bout de mon objectif dans les deux prochaines années, je serai une femme totalement épanouie et heureuse. Et dans le cas contraire, je me dirai que j’aurais au moins essayé et je n’aurai aucun regret.

Des auteurs vous ont-ils inspirés? Dans quelle mesure ?

     Les deux auteurs qui m’ont majoritairement inspiré sont Pierre Pelot et Stephen King.

Mais, plus que la littérature, je suis  une enfant de la télé , et toute mon inspiration vient des films que je regardais dans mon enfance et mon adolescence. Beaucoup de westerns, il va sans dire ! Sergio Leone est sans conteste, celui qui m’a le plus influencée. C’est par ses films que tout a commencé. Je suis également une grande fan de Clint Eastwood. Le western spaghetti a insufflé une nouvelle jeunesse aux westerns traditionnels, dans les années 60. Ce qui prouve aussi que ce genre est beaucoup plus ouvert qu’on ne le pense (ou pensait).

     La liste des scènes qui m’ont particulièrement inspiré est longue… La confrontation du cimetière entre Blondin, Sentenza et Tuco dans Le Bon, la brute et le truand par exemple. Tout comme la marche savamment orchestrée de Franck dans Il Etait une fois dans l’Ouest ou le duel des barrières dans Le Grand duel. Il y a aussi le repas dans la diligence au début du film Il Etait une fois la révolution, le « faux duel » entre Personne et Jack Beauregard dans Mon nom est Personne etc…

Je suis issue d’un milieu simple, et la télévision était une ouverture sur le monde du cinéma, et donc de l’imaginaire.

Cheveux-de-Feu débarque en librairie.

Depuis quand les amérindiens vous passionnent-ils et pourquoi ?

   Mon intérêt vient de l’enfance. Les westerns que je regardais à la télévision le dimanche après-midi (au temps où la télé me faisait encore rêver), et les Indiens représentaient pour moi la liberté, l’équité, le courage, la générosité… Tout ce qui me manque Interview de l'auteur de Cheveux-de-Feu : SYLVIE WOLFS.aujourd’hui dans notre société dite « évoluée et moderne ». L’image romantique de l’enfance et de l’adolescence s’est muée au fil du temps en un réel intérêt pour leurs coutumes et spiritualité. Dans certaines épreuves de ma vie, la spiritualité amérindienne m’a beaucoup aidée, soutenue… Cela fait partie de moi, de ma façon de voir la vie, le monde, et la mort également. Cependant, je précise que je ne suis pas une indianiste qui s’identifie aux Indiens pour exister, juste une passionnée qui essaie de ressentir leur magnifique culture.

Pourquoi avoir choisi le peuple Sioux ?

    Mon imaginaire me pousse davantage vers les Indiens des plaines, mais il faut savoir que je parle des Apaches dans le tome 2 !

Vous avez dû faire un gros travail de recherche avant de vous lancer dans l’écriture, l’avez-vous fait seule ou avez-vous fait appel à quelqu’un ?

    J’ai fait ce travail seule, à travers mes lectures et mes recherches (au départ personnelles) sur Internet. Je crois qu’il s’agit d’une sensibilité qu’on a ou pas. Au-delà de la connaissance purement technique, la spiritualité amérindienne doit avant tout se ressentir, et on ne trouve pas ça dans aucun bouquin. Il faut y être sensible pour être capable de la retranscrire le plus fidèlement possible, si cela est possible.

Cherchez-vous à transmettre un message particulier à travers votre livre ?

    Je ne cherche pas à transmettre un message particulier, mais il va de soi que, malgré moi, je transmets quelque chose à travers l’histoire de mon héroïne Jewell O’Connor (qui est à la fois une part de moi et de chacun d’entre nous). Chaque lecteur tire ce qu’il a envie de tirer de mes romans, et vu les retours que j’en ai (majoritairement très positifs) cela va beaucoup plus loin que je l’imaginais quand j’ai débuté cette aventure.

Interview de Sylvie Kaufhold

Interview

 

Sylvie Kaufhold

Auteure de la série fantastique :

Le Monde d’Allia.

 

Sylvie Kaufhold    « J’ai 42 ans, je suis prof de français langue étrangère en Allemagne, après un premier parcours professionnel dans la communication en France, j’ai deux fils qui ont l’âge de mes lecteurs potentiels. Mon mari est journaliste presse écrite, l’écriture fait donc partie de notre quotidien. Cependant je me considère plus comme une grande lectrice de fantasy (pas seulement) qui a eu envie de prolonger l’expérience par l’écriture. »

Comment s’est déroulé le processus d’édition?

     Je n’ai pas écrit le premier tome des aventures d’Allia pour le faire éditer. C’était un projet personnel, une expérience. Une fois terminé, je l’ai montré à ma sœur qui est prof de français en collège, c’est elle qui m’a convaincu de l’envoyer à un éditeur pour avoir un avis professionnel.
Je n’ai pas osé l’envoyer à des grands éditeurs et j’ai donc cherché une petite structure sérieuse. Je suis tombée par hasard sur un article de Christine Férêt-Fleury qui présentait la
nouvelle collection fantasy qu’elle se proposait de lancer pour Oskar éditeur. J’ai donc envoyé mon manuscrit (et en parallèle également à mnemos pour avoir un avis plus fantasy adulte).
Si Mnemos a eu besoin d’un an pour me répondre, ils ont motivé leur refus par une véritable analyse : en gros, écriture maîtrisée, mais fantasy trop classique pour leur ligne éditoriale. Christine Férêt-Fleury m’a répondu très rapidement en me demandant de retravailler certains éléments. Une fois le texte amélioré, elle l’a intégré à ceux retenus pour cette nouvelle collection ados.

Le monde d'Allia, tome 1L’éditeur t’a-t-il demandé de modifier la nature de certains passages et si oui, quel effet cela t’a-t-il fait ?

     Oui, pour aérer le texte qui a l’origine était très dense. J’ai donc retravaillé certaines scènes sous forme de dialogues, ajouter des moments de pause comme le petit déjeuner à l’auberge… Je n’ai pas ressenti ça comme une dénaturation de mon texte mais comme de vrais conseils de pro (Christine est également auteur). Cela m’a beaucoup apporté.

Comment l’histoire d’Allia est-elle née dans ton esprit ?

     Je me suis mise à écrire plus ou moins par hasard. Je n’avais plus rien à lire et j’ai l’habitude de griffonner des paysages quand je suis au téléphone ou quand je m’ennuis en réunion. Un jour j’ai dessiné une carte, j’ai eu envie d’approfondir et petit à petit une histoire est née entre les Montagnes du nord et les autres territoires. C’est comme ça que ça a commencé. Et comme c’était un vrai plaisir, j’ai continué.

Pourquoi as-tu choisi de montrer une toute petite citée de Gâa? C’est une surprise, on s’imagine de grandes architectures pharamineuses et finalement ce n’est pas tellement le cas.

     Ah ! Tu vois qu’il y a quand même des surprises ! La cité de Gâa est petite car elle est à l’image d’un peuple déchu qui lutte contre sa disparition annoncée. Je penses que beaucoup de choses prennent un sens plus global à la lecture des tomes 2 et 3.

Qu’as-tu voulu faire passer au lecteur par le biais de ton livre?

     C’était particulièrement important pour moi d’avoir des peuples très travaillés et très différents les uns des autres qui puissent s’opposer sans manichéisme. Rien n’est blanc ou noir dans ce premier tome. Le jeune lecteur doit pouvoir se mettre à la place des différents partis. Trop de livres destinés à la jeunesse sont fondés sur une opposition caricaturale entre les super gentils et les affreux méchants. J’espère également que c’est un livre qui fait réfléchir et qui aide à grandir.

Sylvie KaufholdGlobalement, comment les publics (allemand et français) accueillent-ils ce premier tome ?

     Les lecteurs ados que j’ai pu rencontrer au salon de Colmar et ceux qui m’ont contacté par mail ou facebook sont très positifs. Ils sont tous français car le livre n’est pas sorti en Allemagne. J’ai également reçu de très bonnes critiques de la part de plusieurs documentalistes de collèges et c’est ce qui m’a le plus incité à continuer.
Les chroniqueurs de la blogosphère sont partagés mais c’est assez normal puisqu’il s’agit d’adultes.

Comment arrives-tu à gérer tes deux métiers, celui de professeure et celui d’auteur ?

     Je suis prof avant tout. L’écriture n’est pas un métier pour moi mais bien plus un loisir.

Quel style de lecture affectionnes-tu particulièrement ?

     La fantasy, le roman historique et le roman policier historique.

Quels sont tes livres de chevet ?

     En ce moment, je lis l’intégrale du Juge Ti de Robert Van Gulik, parue en 4 tomes aux éditions de la découverte.

Quels sont tes auteurs préférés ?Le monde d'Allia, T2, Sylvie Kaufhold

     J’aime énormément d’auteurs différents que je lis par phase, mais si il faut choisir, je dirai dans des styles très différents, Robin Hobb et Frédéric Lenormand.

As-tu un modèle ?

     Non, mais ce que je lis influence certainement inconsciemment ce que j’écris.

Qu’aimerais-tu qu’un lecteur te dise à propos de ton roman ?

     Qu’il l’a fait rêver.

T’arrives-t-il de lire lorsque tu es en pleine période d’écriture ?

     Je lis tout le temps !

Quel message voudrais-tu adresser à tes lecteurs ?

     Je voudrais d’abord les remercier de m’avoir fait confiance et ensuite leur demander d’être patients. Mon éditeur, Oslo, une filiale d’Oskar éditeur, restructure en ce moment toutes ses collections. Le tome 2 ne paraitra donc pas avant l’automne.

Propos recueillis par Ondine Gobert.

Chronique Le Monde d’Allia, T1 La Cité de Gâa —-> http://infocometeondinegobert.wordpress.com/2013/04/28/le-monde-dallia-t1-la-cite-de-gaa-sylvie-kaufhold/

Le blog de Sylvie Kaufhold —-> http://www.allia-sk.com/blog/do/tag/sylvie-kaufhold/

Interview de Pierre-Arnaud Francioso

Interview

Pierre-Arnaud Francioso

Auteur de la série fantastique : Fondation Deus.

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« Je suis un jeune auteur qui a commencé une série de type fantastique : la Fondation Deus. Le premier livre, le Veilleur, est paru en 2009 aux éditions Airvey ; j’ai sorti le deuxième livre, Sans Limite – Première partie, fin 2010 et je m’apprête à sortir la seconde partie bientôt. En parallèle je termine mes études, puisque j’ai commencé une thèse en physique, dans le but de devenir chercheur. »

Comment arrives-tu à concilier les études et l’écriture ?
J’essaie de bien séparer les deux : la thèse le jour, et l’écriture le soir. Le temps du trajet vers la fac me permet de passer d’un monde à l’autre.

Quel genre de lecteur es-tu ?
Je ne suis pas un grand lecteur. J’ai toujours lu les livres que l’on me demandait de lire à l’école, mais j’ai trouvé trop peu de choses qui m’intéressaient réellement parmi ces livres, peut-être est-ce cela qui m’en a détourné.  J’ai cependant lu et apprécié certains Chair de Poule ainsi que les Harry Potter. Lorsque j’aime un livre, je le lis lentement afin de m’imprégner de chaque mot ; cette lenteur, cependant, est aussi ce qui a tendance à me détourner de la lecture.

Comment en es-tu venu à écrire et que représente l’écriture pour toi ?
J’ai toujours aimé écrire, inventer des histoires. Des événements, des morceaux d’histoires, se sont toujours invités dans ma tête. L’écriture me permet, une fois les idées organisées, d’en garder une trace, pour passer à autre chose, à d’autres idées. L’écriture est en quelque sorte ma mémoire.

Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire la première fois ?
C’est avant tout l’envie de raconter les histoires que j’avais en tête ; ce n’est que bien plus tard que j’ai sauté le pas et que j’ai fait lire mes histoires à d’autres personnes, m’exposant ainsi à la critique.

«  L’écriture est en quelque sorte ma mémoire. »

Pierre-Arnaud Francioso
Quelles lectures t’ont construit et/ou mené à l’écriture ?
Aucun livre ne m’a mené à l’écriture, puisque j’ai commencé à aimer écrire avant d’aimer lire. Côté livres, j’ai été sensible à la narration simple et aux retournements de situation des Chair de Poule, ainsi qu’à l’ambiance sombre et mystérieuse qui y régnait. La série des Harry Potter également m’a marquée, par son écriture claire et son histoire bien construite.

Quels sont tes livres de chevet ? Tes auteurs préférés ?
J.K.Rowling, évidemment. Sinon, j’ai bien aimé une nouvelle de Xavier Mauméjean, Reich Zone du recueil d’uchronies Divergences001. Je n’ai pas de livre à lire en ce moment car je finis d’écrire mon troisième roman, mais ensuite j’ai l’intention de me mettre à l’Ile du Crâne d’Anthony Horowitz et, peut-être, 0.4 ou aux Chroniques de l’Université invisible. Les résumés de ces deux derniers livres, laissant pressentir d’une ambiance mystérieuse, m’ont attiré. J’entends également parler en bien des Ecriveurs, de Frédéric Mars.

Le Veilleur, Pierre-Arnaud FranciosoLis-tu pendant que tu es en période d’écriture ? Cela vient-il perturber ton imagination ou cela t’inspire-t-il ?
Non, je ne lis pas lorsque j’écris : c’est justement une autre raison pour laquelle je lis peu (et c’est pour cela que je n’ai pas pu lire le dernier tome d’Harry Potter avant de le voir au cinéma… sniff…). J’aurais peur, en effet, de trop m’inspirer d’un livre en copiant, même involontairement, un style d’écriture ou une façon de raconter, de présenter des situations. Mais, d’un autre côté, lire me permet de savoir ce que j’aime et, donc, de me construire en tant qu’auteur.

Pourquoi affectionnes-tu particulièrement le domaine fantastique ?
J’aime le fait que le fantastique ne se pose pas de limite : on peut imaginer ce que l’on veut, tout est possible.
Chacun peut donc se poser les limites, les contraintes qu’il veut. Pour moi les livres permettent de s’échapper, de se libérer du quotidien ; on peut créer de nouvelles règles, de nouveaux êtres vivants, de nouvelles technologies… Le fantastique peut être omniprésent, farfelu ou – au contraire – discret, ancré dans le réel. J’aime cette liberté.

« Evidemment, lorsqu’on rassemble dans un même ouvrage les mots école et mutant, on pense aux X-Men… »

Comment s’est déroulé ton parcours pour te faire éditer ?
J’ai commencé par écrire une première version du Veilleur sur ordinateur, que j’ai ensuite transformée en livre grâce à un site internet. J’étais déjà fier de voir mon travail prendre la forme d’un livre. J’ai alors envoyé Le Veilleur à des maisons d’éditions, en commençant par les plus importantes, les plus connues.
J’ai reçu des lettres de refus, impersonnelles.
J’ai progressivement orienté mes recherches vers de plus petites maisons, proches de ma région (Nord-Pas-de-Calais), présentant des oeuvres jeunesse. C’est ainsi que j’ai envoyé Le Veilleur aux éditions Airvey, qui m’ont fait part de leur intérêt. Et c’est ainsi que l’aventure a commencé…

« J’aime le fait que le fantastique ne se pose pas de limite : on peut imaginer ce que l’on veut, tout est possible. »

Pour le moment, comment le public accueille-t-il ces deux premiers tomes (Le Veilleur, et Sans Limite) ?
Plutôt bien ! Les éditions Airvey ont eu la bonne idée de faire figurer mon adresse mail sur le livre ; j’ai ainsi eu de nombreux avis positifs de la part de personnes qui ont lu mes livres – en même temps, quelqu’un qui n’a pas aimé a peu de chance de prendre la peine de m’écrire… Cela me fait plaisir et m’encourage, lorsque des personnes que je ne connais pas me disent qu’ils ont apprécié mon livre.

De quoi t’es-tu inspiré pour créer la Fondation Deus ?Pierre-Arnaud Francioso
Plus que la lecture, ce sont les séries (américaines, pour la plupart) qui m’ont inspiré. J’aime la façon dont ils présentent les choses et entretiennent le suspens. Je pense notamment à Lost, par exemple. Les films, également, ont probablement joué dans ma manière d’aborder mes histoires.

Certains lecteurs peuvent y voir l’école inverse du professeur Xavier qui accueille les X-men, cet effet est-il intentionnel ?
Évidemment, lorsqu’on rassemble dans un même ouvrage les mots école et mutant, on pense aux X-Men… Je ne vois pas la Fondation Deus comme étant un miroir de l’école des X-Men, et je n’y avais jamais pensé. Pour moi, ces deux écoles représentent deux approches différentes de l’apprentissage pour les mutants ; elles ne sont ni identiques, ni opposées. La Fondation Deus est plus mystérieuse et plus sombre que l’école du prof. Xavier.

Comment as-tu procédé pour choisir les prénoms des personnages ?  Il reflète totalement le caractère de chacun n’est-ce pas ?
Tu as parfaitement raison ! Le nom de chaque personnage a été soigneusement choisi, et j’ai essayé de varier les façons de procéder. Je préfère laisser au lecteur le soin de comprendre la signification de ces prénoms, pour ne pas trop en dévoiler…

As-tu un personnage favori ou un passage que tu as préféré écrire ?
Les passages les plus marquants pour moi, à l’heure actuelle, sont ceux du livre 2 – Seconde partie, mais pour éviter tout risque de spoil je vais rester sur le livre 1… Un passage qui m’a marqué est celui où Eloi découvre son pouvoir. J’ai aussi aimé écrire les extraits du Carnet des élèves. Sinon, les chapitres pénultième et antépénultième ont été intéressants à écrire, à cause de leur structure particulière. Je me souviens également de l’impression étrange que j’ai ressentie en terminant le dernier chapitre ; cela m’a fait comme un manque et, en même temps, c’était un soulagement.

Pourquoi as-tu choisi de faire une ellipse temporelle de douze ans et par conséquent changé de protagoniste ?
J’avais envie de surprendre le lecteur : en lisant le livre 1, il entre dans un monde nouveau, celui de la Fondation Deus. J’avais donc en tête de faire ce bond dans le temps, afin que l’on se pose de nombreuses questions, par exemple : que s’est-il passé pendant ces douze années ? Cela me permettait de continuer à aborder le monde de la Fondation Deus (à travers le regard d’un nouvel élève, Muray), tout en y apportant de nouveaux éléments : Muray va découvrir certains mystères auxquels Eloi n’aura pas été confronté, et vice-versa.

Ta série de livre va-t-elle se dérouler chronologiquement ?
Et la réponse est… non ! Comme je l’ai dit, j’aime les narrations originales, et le fait de faire des bonds dans le temps va me permettre d’égrener les mystères et les réponses de la manière qui me semble la plus pertinente, la mieux adaptée. Tout peut arriver…

Va-t-on retrouver Eloi dans le tome suivant ?
Peut-être, peut-être pas…

Combien de tomes prévois-tu d’écrire ?
Je ne sais pas encore, cela dépendra de mes idées : pour l’instant je pars sur 7 ou 8 – j’aimerais bien 8, c’est un chiffre que j’apprécie ; cependant, si j’estime que je n’ai pas assez d’idées intéressantes pour écrire assez de livres, je m’arrêterai plus tôt. J’ai, en tout cas, au moins 4 histoires à raconter, encore.

Prévois-tu une tournée de dédicaces ?
En général, il y a deux périodes pendant lesquelles je fais des dédicaces : mars, et la fin d’année (septembre, mais surtout novembre-décembre). Je vais à Lille, Rouen, Colmar, Paris… Pour le Sud, c’est plus difficile car je suis du Nord ; cela fait un peu loin. J’essaie, en général, de mettre des informations sur mon blog.

     Cela a été un plaisir de répondre à toutes tes questions, je te remercie pour l’intérêt que tu portes à ces livres.
A bientôt dans la Fondation…

Blog Officiel de Pierre-Arnaud Francioso

Chronique du tome 1 : Fondation Deus, T1 Le Veilleur

Chronique du tome 2 : Fondation Deus, T2 Sans limite – partie 1

Interview de Philippe Ossena

Philippe Ossena

Auteur de La Prophétie du Ragnarok.

Philippe-Ossena

L’interview de Philippe Ossena par InfoComète se trouve sur le site Mythologica.net : Interview Philippe Ossena.

Chronique du livre La Prophétie de Ragnarok, tome 1 La Porte des neuf mondes.